Afrique : au dernier trimestre, le temps n’est plus aux constats, mais à l’accélération

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Éditorial — Afiya Africa | Octobre 2026

 

Nous entrons dans le dernier trimestre de l’année. Trois mois avant de tourner la page de 2026, l’Afrique doit regarder sa situation sanitaire avec lucidité : des progrès considérables ont été accomplis, mais la vitesse actuelle ne suffit pas pour atteindre les objectifs que le continent et la communauté internationale se sont fixés à l’horizon 2030.

 

Le paradoxe africain est désormais bien connu : jamais le continent n’a disposé d’autant de connaissances, de technologies, de vaccins, de médicaments et d’innovations médicales. Pourtant, l’accès à des soins essentiels reste profondément inégal. L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir ce que la médecine peut faire, mais de garantir que ces progrès atteignent réellement les populations qui en ont besoin.

 

Une couverture sanitaire universelle encore trop éloignée

 

L’indice de couverture des services de santé essentiels de la Région africaine de l’OMS est passé de 30 en 2000 à 51 en 2023. Cette progression est réelle, mais elle ralentit fortement depuis 2015. La couverture universelle en santé d’ici 2030 reste donc hors de portée si le rythme actuel n’est pas considérablement accéléré.

 

Cette situation impose de revenir à l’essentiel : des soins de santé primaires solides, des personnels de santé suffisamment nombreux et correctement répartis, des médicaments disponibles, des plateaux techniques adaptés et des systèmes capables d’assurer une continuité des soins.

 

La question du financement est centrale. Selon l’OMS Afrique, environ 385 millions de personnes sont chaque année poussées dans la pauvreté ou davantage appauvries en raison des dépenses de santé payées directement par les ménages. Dans le même temps, les budgets publics sont soumis à de fortes contraintes et l’aide extérieure destinée à la santé diminue.

 

L’Afrique doit donc accélérer la mobilisation de ses ressources nationales et faire de la santé un investissement durable, et non une dépense résiduelle.

 

Mères et nouveau-nés : l’urgence demeure

 

Le défi est particulièrement visible dans la santé maternelle et néonatale.

 

Entre 2000 et 2023, la mortalité maternelle a diminué de 40 %, passant de 727 à 442 décès pour 100 000 naissances vivantes dans la Région africaine de l’OMS. Mais l’Afrique représente encore environ 70 % des décès maternels dans le monde. Chaque année, près de 178 000 femmes et environ 1 million de nouveau-nés meurent dans la Région africaine, souvent de causes évitables.

 

L’objectif mondial des ODD est de ramener la mortalité maternelle sous 70 décès pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030. Au rythme actuel, l’Afrique en est encore très loin : l’OMS estime qu’il faudrait multiplier environ par douze la vitesse annuelle de réduction observée entre 2000 et 2023 pour atteindre la cible régionale.

 

Ce chiffre doit nous interpeller.

 

Nous devons investir davantage dans les sages-femmes, les obstétriciens, les anesthésistes, les pédiatres, les infirmiers et les agents de santé communautaires. Nous devons améliorer les soins prénatals, la prise en charge des urgences obstétricales, les soins du nouveau-né, la référence-évacuation et l’accès aux produits sanguins et aux médicaments essentiels.

 

Mais surtout, nous devons cesser de considérer la mortalité maternelle comme une fatalité africaine. Une femme ne devrait pas mourir parce qu’elle a donné la vie.

 

Le paludisme, le VIH et la tuberculose restent des priorités

 

L’Afrique doit également consolider les acquis contre les grandes maladies infectieuses.

 

En 2024, la Région africaine de l’OMS concentrait environ 95 % des cas mondiaux de paludisme, soit près de 265 millions de cas, ainsi que 95 % des décès liés à la maladie, soit environ 579 000 décès. Les enfants de moins de cinq ans représentaient environ trois quarts des décès palustres dans la Région.

 

La vaccination antipaludique constitue une avancée majeure, mais elle ne doit pas conduire à relâcher les autres interventions : moustiquaires imprégnées, lutte antivectorielle, diagnostic précoce, traitement efficace et surveillance épidémiologique.

 

Sur le front du VIH, les progrès sont également importants. En 2024, 26,5 millions de personnes vivaient avec le VIH en Afrique et 82 % d’entre elles avaient accès à un traitement antirétroviral. Les nouvelles infections et les décès liés au sida ont fortement diminué depuis leurs pics historiques. Mais près de 4,8 millions de personnes vivant avec le VIH n’avaient toujours pas accès au traitement.

 

La tuberculose demeure, elle aussi, une priorité : la Région africaine représente environ un quart des cas mondiaux de tuberculose et près d’un tiers des décès liés à la maladie. Les résistances aux médicaments constituent une menace supplémentaire.

 

L’objectif n’est donc pas simplement de maintenir les programmes existants. Il faut détecter plus tôt, traiter mieux, prévenir davantage et rapprocher les services des communautés.

 

L’Afrique doit maintenant affronter pleinement les maladies non transmissibles

 

L’évolution démographique et épidémiologique du continent impose une nouvelle approche. Le cancer, le diabète, l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires chroniques et les troubles de santé mentale prennent une place croissante dans le paysage sanitaire africain.

 

Nous ne pouvons plus opposer maladies infectieuses et maladies non transmissibles. L’Afrique doit financer les deux réponses simultanément.

 

Cela signifie intégrer davantage la prévention, le dépistage et la prise en charge des maladies chroniques dans les soins de santé primaires. Cela signifie également agir sur les facteurs de risque : tabac, alcool, alimentation déséquilibrée, sédentarité, pollution et autres déterminants environnementaux et sociaux.

 

Octobre Rose : derrière le symbole, une urgence africaine

 

Octobre Rose nous rappelle particulièrement cette année que la lutte contre les cancers féminins ne peut plus être limitée à des campagnes de sensibilisation ponctuelles.

 

Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes dans le monde : 2,4 millions de femmes ont été diagnostiquées en 2024 et environ 694 000 sont décédées de la maladie. L’enjeu africain est notamment celui du diagnostic tardif et de l’accès insuffisant aux examens, aux traitements et aux soins de support.

 

Le cancer du col de l’utérus est tout aussi préoccupant. Il constitue le deuxième cancer le plus fréquent chez les femmes dans la Région africaine de l’OMS, avec une incidence près de deux fois supérieure à la moyenne mondiale. En 2022, l’Afrique représentait environ 23 % des décès mondiaux par cancer du col, une proportion qui pourrait atteindre 30 % en 2030 si les tendances actuelles se poursuivent.

 

Pourtant, une partie considérable de cette mortalité peut être évitée.

 

La vaccination contre le HPV, le dépistage organisé, le diagnostic précoce, l’accès rapide à la chirurgie, à la radiothérapie, aux traitements systémiques et aux soins palliatifs doivent devenir des composantes ordinaires des systèmes de santé africains. En 2026, 36 des 47 États membres de la Région africaine avaient introduit la vaccination contre le HPV, mais des écarts importants de couverture et d’équité persistent.

 

Octobre Rose doit donc être plus qu’un mois de rubans roses. Il doit être un rappel politique et sanitaire : prévenir, dépister tôt et traiter à temps sauve des vies.

 

Que devons-nous faire dans les trois derniers mois de 2026 ?

 

Il serait facile de dresser une nouvelle longue liste de recommandations. Mais l’Afrique connaît déjà une grande partie des solutions.

 

La priorité est désormais de passer de l’engagement à l’exécution.

 

Nous devons :

 

1. Investir davantage dans les systèmes de santé.

Le financement domestique de la santé doit progresser afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs et les dépenses catastrophiques supportées par les ménages.

 

2. Mettre les soins de santé primaires au centre de la stratégie.

C’est au niveau des communautés, des centres de santé et des structures de première ligne que se jouent la prévention, le dépistage et une grande partie des soins essentiels.

 

3. Investir dans les ressources humaines.

Former davantage de professionnels ne suffit pas : il faut également les retenir, les protéger, les rémunérer correctement et mieux répartir les compétences entre les grandes villes et les zones rurales. L’OMS rappelle que la disponibilité d’un personnel qualifié et équitablement réparti constitue une condition fondamentale de la couverture sanitaire universelle.

 

4. Accélérer la santé maternelle, néonatale et infantile.

Les décès évitables doivent devenir des événements systématiquement analysés, documentés et suivis d’actions correctrices.

 

5. Faire de la prévention une priorité nationale.

Vaccination, nutrition, activité physique, santé sexuelle et reproductive, dépistage des cancers, lutte contre le tabac et l’alcool doivent être intégrés durablement aux politiques publiques.

 

6. Améliorer les données sanitaires africaines.

On ne peut pas piloter correctement ce que l’on ne mesure pas. Les pays doivent renforcer les systèmes d’information sanitaire, les registres de cancer, les données de mortalité et la surveillance épidémiologique.

 

7. Exploiter intelligemment l’innovation.

Télémédecine, intelligence artificielle, diagnostic décentralisé, dossiers médicaux numériques, nouvelles plateformes vaccinales et nouveaux traitements peuvent transformer les soins — à condition que l’innovation ne profite pas uniquement aux populations urbaines et solvables.

 

Ne pas attendre 2030 pour agir

 

2030 semble encore loin. Il ne reste pourtant que quelques années pour atteindre les Objectifs de développement durable.

 

Les chiffres nous montrent que l’Afrique a progressé. Ils nous montrent aussi que le rythme n’est pas suffisant.

 

Le dernier trimestre de 2026 ne doit donc pas être seulement le moment des bilans et des annonces. Il doit être celui de l’accélération : accélérer le financement, accélérer la formation des professionnels, accélérer la prévention, accélérer le dépistage, accélérer l’accès aux traitements et accélérer la production de données fiables.

 

Notre continent n’a pas besoin de promesses supplémentaires. Il a besoin de politiques de santé financées, de décisions fondées sur les données, de professionnels soutenus et de systèmes capables de transformer les connaissances scientifiques en soins accessibles.

 

À Afiya Africa, nous continuerons à jouer notre rôle : informer, expliquer, questionner et mettre en lumière les solutions africaines en santé.

 

Parce que derrière chaque statistique se trouve une vie.

 

Et parce qu’en santé publique, chaque vie sauvée est déjà un objectif atteint.

 

La rédactrice en chef

Afiya Africa

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