Être coincé dans le mauvais corps. Une réalité médicale parfois méconnue voir ignorée.
‘’ je suis une fille dans le corps d’un homme’’, une expression que l’on entendait quand on était plus jeune qui nous faisait sourire, car de notre point de vue, il s’agissait d’un caprice ou d’un fantasme de la part de la personne qui prononçait ces paroles. Jamais il ne nous était venu à l’esprit que l’auteur de cette phrase pouvait avoir raison. Et comment pouvait-il en être autrement.
On nous avait éduquer avec une vision claire du monde, surtout en matière de genre. Soit on est un garçon soit on fille. Toute autre situation était indéniablement une déviance voire une perversion. Mais en avançant dans les études médicales, mon point de vue sur la question a évolué car j’ai appris qu’il existe des situations physiologiques faisant qu’un individu pouvait être coincé dans un corps qui ne le correspondait pas réellement.
Dans cet article, nous allons voir quelques-unes de ces conditions particulières. En effet, lors de la naissance, l’équipe de la maternité examine l’enfant pour se rassurer que l’enfant aille bien et qu’il n’y a pas de malformations. C’est à ce moment là que le sexe est examiné et que l’enfant est déclaré comme étant une fille ou un garçon. C’est à ce moment là que tout se joue. Le sexe qui sera attribué à l’enfant le restera en général toute sa vie. Vous comprenez alors là ou la situation peut devenir particulière.
En effet il y’a des enfants dont le sexe semble être féminin alors que génétiquement ce sont des garçons et inversement il y’a des filles dont le sexe semble être masculin mais qui ont un génotype 100% féminin. Et en grandissant ces derniers sont éduquer comme des filles (ou garçons) alors qu’intérieurement, ils sentent qu’ils appartiennent au sexe opposé. Cette situation entraine parfois une souffrance qui est ignorée et l’enfant est parfois stigmatisé car on pense ses plaintes sont purement liées à une déviance. Mais quelles sont donc ces conditions qui peuvent induire ces erreurs d’assignations.
La première que nous allons voir est le syndrome d’insensibilité aux androgènes anciennement appelé ‘’testicule féminisant’’. C’est une condition génétique rare ou les embryons avec un matériel génétique masculin n’est pas sensible aux hormones sexuelles males. De ce fait, le futur bébé à naitre ne va pas voir ses organes génitaux se développer et ses testicules vont rester en intra abdominal. Par conséquent, le bébé va naitre avec un sexe ressemblant fortement au sexe féminin et va grandir avec une apparence féminine, au point de développer des seins, des formes féminines et une voie aigue à la puberté.
C’est lors de l’exploration d’une aménorrhée primaire que le diagnostic est le plus posé. Mais ici, les enfants grandissent avec une identité sexuelle féminine et en général il n’y a pas de dissonance entre le sexe psychologique, le sexe administratif et social. Le choc survient plutôt à l’annonce du diagnostic. Toute sa vie elle s’est sentie femme et on lui annonce que génétiquement elle a les caractéristiques d’un homme.
L’autre situation particulière c’est le pseudo hermaphrodisme. Le pseudo-hermaphrodisme est une anomalie de la différenciation sexuelle où un individu possède des gonades (ovaires ou testicules) d’un sexe, mais des organes génitaux externes ou internes ressemblant à ceux de l’autre sexe. On distingue le pseudo hermaphrodisme féminin et le pseudo hermaphrodisme masculin.
Dans le Pseudo-hermaphrodisme masculin, le Caryotype est 46 XY (masculin), les Gonades sont les testicules, les organes génitaux externes peu différenciés (pénis petit, scrotum divisé) ou féminisés, avec des structures internes masculines incomplètes.
En ce qui concerne le pseudo hermaphrodisme féminin, Pseudo-hermaphrodisme féminin le caryotype est 46 XX (féminin), les Gonades sont les Ovaires. On note une Virilisation des organes génitaux externes, avec un clitoris hypertrophié (semblable à un pénis) et des grandes lèvres fusionnées (rappelant un scrotum).
Il convient de rappeler que ce sont des conditions plutôt relativement rares mais qu’il convient de connaitre et qu’il est important d’avoir un esprit ouvert et de ne stigmatiser ce qu’on ne comprend pas. La réalité est parfois surprenante, au-delà de nos considérations personnelles.
Dr Dorian Valdo NGOOUFACK KENGNE (Gynécologue obstétricien)


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