Les troubles mentaux en Afrique, en particulier la schizophrénie, représentent un défi majeur pour la santé publique. Bien que ces affections soient largement sous-diagnostiquées et mal comprises, elles affectent une proportion importante de la population, avec des conséquences dramatiques sur la qualité de vie des patients et de leurs familles.
La prise en charge de ces maladies mentales en Afrique fait face à des obstacles multiples, allant du manque d’infrastructures à l’absence de sensibilisation à des troubles comme la schizophrénie, dont les symptômes peuvent être particulièrement déstabilisants. Cet article explore les enjeux liés à l’accès aux soins, les stigmas associés, les politiques de santé mentale en Afrique, et l’impact des conditions socio-économiques et culturelles sur la gestion des troubles mentaux, avec un accent particulier sur la schizophrénie.
L’accès aux soins en Afrique : Un défi pour les malades mentaux
L’accès aux soins de santé mentale en Afrique reste limité, en raison de nombreux défis structurels. Cela est particulièrement vrai pour les troubles complexes comme la schizophrénie, qui nécessitent une prise en charge spécialisée et un suivi à long terme.
En Afrique subsaharienne, la pénurie de psychiatres et de psychologues qualifiés est un problème majeur. En outre, de nombreux pays ne disposent pas de centres spécialisés pour traiter des maladies mentales complexes telles que la schizophrénie. Cela oblige les patients à se tourner vers des hôpitaux généralistes qui ne sont souvent pas équipés pour traiter ces pathologies de manière adéquate.
De plus, même lorsque des centres existent, ils sont souvent mal équipés pour gérer les cas graves de schizophrénie. Ce manque d’infrastructures adaptées expose les patients à un risque accru de complications.
Aussi, le coût élevé des traitements antipsychotiques et des soins spécialisés est un frein majeur à l’accès aux soins, en particulier dans les zones rurales. Beaucoup de patients, en particulier ceux vivant dans la pauvreté, ne peuvent se permettre un traitement continu. Cette barrière financière contribue à la persistance et à l’aggravation des symptômes des troubles mentaux.
De plus, les maladies mentales, et en particulier la schizophrénie, sont encore largement stigmatisées dans de nombreuses sociétés africaines. Les idées reçues et la méconnaissance des troubles psychiques sont des facteurs clés qui entravent la prise en charge des patients.
Dans plusieurs pays de la région, la schizophrénie, avec ses symptômes visibles comme les hallucinations et les comportements étranges, est souvent perçue comme un signe de malédiction ou de faiblesse morale dans certaines cultures africaines. Beaucoup de gens confondent les troubles mentaux avec des maladies physiques ou spirituelles, ce qui empêche une prise en charge correcte. L’absence d’éducation sur les troubles psychiques aggrave cette situation. Par crainte du rejet social, de nombreuses personnes évitent de chercher des soins médicaux, préférant parfois se tourner vers des solutions traditionnelles ou spirituelles. Cela entraîne souvent un retard de diagnostic et un traitement inapproprié.
Les personnes atteintes de schizophrénie peuvent également être marginalisées, voire rejetées par leurs familles et leurs communautés. Elles sont parfois victimes de violences physiques ou verbales et peuvent se retrouver exclues de la société. Ce rejet social amplifie la souffrance des patients et crée des barrières supplémentaires à leur rétablissement.
En ce qui concerne les politiques de santé mentale en Afrique : Des progrès insuffisants sont à noter.
De nombreux gouvernements africains commencent à reconnaître l’importance de la santé mentale, mais les politiques en place restent insuffisantes pour répondre aux besoins des populations, en particulier en ce qui concerne la schizophrénie.
Les budgets alloués à la santé mentale sont souvent dérisoires. En conséquence, les programmes de soins et de prévention sont insuffisants, et les patients atteints de schizophrénie se retrouvent souvent sans soutien adéquat. Les gouvernements africains doivent investir davantage dans la santé mentale pour construire des infrastructures appropriées et offrir des traitements accessibles.
Si certains pays ont commencé à adopter des lois sur la santé mentale, beaucoup de gouvernements n’ont pas encore légiféré spécifiquement sur les soins aux patients atteints de troubles mentaux graves. L’absence d’un cadre juridique clair complique la prise en charge et l’intégration des soins psychiatriques dans les systèmes de santé publique.
Cependant des initiatives sont à saluer. Des initiatives de sensibilisation existent, soutenues par des ONG et des organisations internationales. Cependant, ces programmes sont encore limités, et ils n’atteignent souvent pas les populations rurales, où les besoins en soins de santé mentale sont les plus criants.
Les conditions socio-économiques et politiques exacerbent les troubles mentaux en Afrique. Les facteurs sociaux et économiques jouent un rôle déterminant dans l’aggravation de la maladie.
Les conditions de vie difficiles, telles que la pauvreté, les inégalités de genre et l’accès limité à l’éducation et aux soins de santé, créent un stress constant qui peut provoquer ou aggraver des troubles mentaux comme la schizophrénie. L’isolement social et les conditions de vie précaires peuvent également rendre les patients plus vulnérables aux symptômes de la maladie.
Les guerres, les conflits armés et les déplacements massifs de population ont également des effets dévastateurs sur la santé mentale. Les traumatismes liés aux conflits exacerbent les troubles mentaux, avec des symptômes tels que le stress post-traumatique, la dépression et l’anxiété qui augmentent chez les réfugiés et les personnes déplacées, en particulier chez ceux ayant des antécédents de troubles mentaux comme la schizophrénie.
L’urbanisation rapide, accompagnée d’une croissance démographique non maîtrisée, génère un stress environnemental important. La surcharge des infrastructures urbaines et la vie dans des conditions difficiles augmentent les risques de développer des troubles mentaux, y compris des psychoses comme la schizophrénie.
Face à ces défis, il est essentiel de repenser les politiques de santé mentale en Afrique. Les gouvernements doivent investir dans les infrastructures, la formation des professionnels de santé, et les programmes de sensibilisation pour garantir un accès équitable aux soins. Il est aussi crucial de lutter contre les stigmas associés aux troubles mentaux, notamment la schizophrénie, afin de permettre aux patients de chercher les soins dont ils ont besoin sans crainte de rejet social. Les conditions socio-économiques et politiques doivent également être prises en compte pour atténuer leur impact sur la santé mentale des populations vulnérables.
Dr F Abolore MD
Références
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