Burkina Faso : Forum National de Financement de la Santé : la Mobilisation des ressources pour la santé au coeur des discussions

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À l’occasion du Forum national sur le financement de la santé (FONAFI), Seydou Bouda, ancien ministre de la Santé, a modéré un panel de haut niveau consacré à la mobilisation des ressources nationales, ce jeudi 26 mars 2026, à Ouagadougou. Ce panel a connu la forte participation d’experts et d’acteurs institutionnels autour d’un enjeu majeur : « Pourquoi et comment mobiliser plus de ressources nationales pour la santé : taxes dédiées, contribution de la communauté, des collectivités ».

 

Au cœur des échanges, un consensus clair s’est dégagé : face à des besoins croissants et des ressources limitées, il devient impératif de diversifier les sources de financement, tout en garantissant équité, efficacité et transparence. Quatre leviers principaux ont structuré les discussions : les taxes dédiées à la santé, la contribution des communautés, l’élargissement de l’espace budgétaire et l’implication des collectivités territoriales.

 

Intervenant sur la question des taxes, le Professeur Issaka Sombié a mis en avant le rôle stratégique des prélèvements sur les produits nocifs tels que le tabac, l’alcool et les boissons sucrées. Selon lui, ces taxes présentent un double dividende : elles permettent à la fois de réduire la consommation de produits dangereux pour la santé et de générer des recettes fiscales substantielles.

 

Cependant, le Burkina Faso n’exploite pas encore pleinement ce levier. Les niveaux actuels de taxation restent en deçà des recommandations internationales, notamment celles de l’OMS, de la CEDEAO et de l’UEMOA. « Il existe une marge importante pour renforcer ces taxes », a-t-il souligné, rappelant que des hausses de 10 % peuvent entraîner une baisse significative de la consommation.

Parmi les pistes avancées, le professeur préconise l’augmentation progressive des droits d’assises, l’introduction de taxes spécifiques plus difficiles à contourner, ainsi que l’élargissement de la fiscalité aux boissons sucrées et alcoolisées.

 

Le Directeur de la Santé communautaire, Dr Mahamadi Tassambedo a, quant à lui, apporté un éclairage sur la contribution des communautés. Contrairement à certaines perceptions, les ménages burkinabè assurent déjà une part importante du financement de la santé, estimée à près de 40 % des dépenses totales.

Cette contribution prend des formes diverses : paiements directs, solidarité familiale, bénévolat des agents de santé communautaire, ou encore apports en nature. « La communauté contribue déjà énormément. Il ne s’agit pas de lui demander plus, mais de mieux organiser ce qui existe », a-t-il insisté.

 

L’un des principaux risques identifiés par le Directeur de la Santé communautaire est celui d’un accroissement des inégalités, si de nouvelles contributions venaient peser davantage sur les populations vulnérables. Pour y remédier, il préconise de structurer ces contributions à travers des mécanismes formels comme les mutuelles de santé, tout en veillant à maintenir la responsabilité centrale de l’État.

La clé, selon lui, réside également dans la visibilité des résultats et la redevabilité : les populations doivent percevoir concrètement l’impact de leurs contributions pour renforcer leur adhésion.

 

Face à un financement encore insuffisant, malgré un effort estimé à 8,5 % du PIB, Dr David Zombré, expert en financement de la santé, a proposé d’explorer de nouvelles sources de financement innovantes. Trois secteurs ont été identifiés comme particulièrement prometteurs, à savoir les télécommunications via des taxes sur le chiffre d’affaires et les transactions mobiles, les industries extractives, en tirant parti du dynamisme du secteur minier et les transactions financières, à travers de micro-prélèvements sur les opérations importantes.

 

Selon ses estimations, ces mécanismes pourraient générer plusieurs dizaines de milliards de FCFA supplémentaires chaque année, contribuant ainsi à réduire le déficit de financement du système de santé.

 

Parmi les recommandations figurent la création d’un compte d’affectation spéciale pour la santé, la mise en place d’une coordination interministérielle et l’augmentation progressive de la part du budget national consacrée à la santé jusqu’à 15 %.

 

Représentant la mairie de Ouagadougou, Omer Ouédraogo a souligné l’importance de la décentralisation du financement de la santé.

Les collectivités territoriales peuvent jouer un rôle clé à travers le financement d’infrastructures sanitaires, le soutien aux initiatives communautaires, et la mobilisation de ressources locales.

Toutefois, cela suppose un renforcement de la coordination avec l’État central et une décentralisation effective des moyens financiers.

 

En conclusion, les panélistes ont insisté sur le fait qu’aucune source de financement, prise isolément, ne pourra répondre aux besoins du système de santé. La solution réside dans un panier de financement combiné, associant l’État, les collectivités, les partenaires techniques et financiers, les taxes dédiées et les contributions communautaires.

 

Au-delà des mécanismes financiers, un changement de paradigme s’impose : la santé doit être considérée comme un investissement stratégique et non comme une simple dépense.

 

Enfin, la réussite de cette mobilisation dépendra de trois conditions essentielles, notamment garantir l’équité pour ne pas pénaliser les plus vulnérables, maximiser l’efficacité dans la collecte et l’utilisation des ressources et assurer une transparence totale pour renforcer la confiance des populations.

Un défi de taille, mais aussi une opportunité majeure pour bâtir un système de santé plus résilient et inclusif au Burkina Faso.

 

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